
Certains livres représentent plus que ce qu’ils semblent au premier abord. Derrière une histoire étrange peut se cacher un pouvoir que seul le désir exacerbé peut découvrir. Ainsi la fiction peut guider la réalité.
Ouvrons la boîte à bouquins.
Voici des livres bizarres,
Sombres, maudits ou coquins
Que nous offre le hasard.
L’irréductible désir
Cherche sa confirmation ;
Un livre étrange l’attire,
Symbole de sa passion.
Le désir furieux s’enivre,
Et la magie l’associe
Au contenu de ce livre
Qui déroule alors sa vie.
La rencontre avec le livre
Devient rencontre avec celles
Par qui la passion va vivre,
Histoire incroyable et belle.
L’illusion se fait réelle.
Libéré de la morale,
Le désir déploie ses ailes
Clandestines, sa cabale.
Ballet rose des désirs,
Beauté des arts sans contrainte,
Danse endiablée du plaisir,
L’amour s’exprime sans crainte.

Mes fées, ouvrez vos pétales !
C’est interdit, c’est divin.
Dansez une bacchanale,
L’amour secret boit son vin.
Petit rat, ô petit rat,
Flottant dans ton tutu rose,
Les plaisirs que tu auras
Ne sont que ceux que tu oses.
Nous aimons les ballerines.
Quand leurs beaux membres s’étirent,
Elles se montrent divines,
Nous leur dédions nos soupirs.
La ballerine ingénue
Nous montre son grand écart
En tutu rose puis nue.
Aimons la beauté sans fard.
La ronde des jeunes corps
Montrés dans leur vérité
Est notre plus beau trésor,
Le miel qu’il nous faut goûter.
La sarabande sacrée
Des petites filles nues
Est le délice sucré
D’un banquet sans retenue.

Les danseuses nous entourent,
Petits rats s’ouvrant en fleur ;
C’est le ballet de l’amour,
Chacune a donné son cœur.
La danse se fait secrète,
Elle s’accorde aux désirs…
Offrande des fleur parfaites,
Les ballerines soupirent.
C’est le ballet du grand soir,
La danseuse pond des billes
De jaspe vert, rouge ou noir,
Le petit papillon brille.
Chacun reçoit une bille
De sa couleur symbolique,
Et chacun aime une fille,
Sa ballerine magique !
C’est le ballet du grand art,
La danseuse offre à chacun
Une gorgée de nectar,
Rose liserée de brun.
Nous vivons l’extase ultime
Dans la beauté éternelle.
C’est un scandale sublime,
Votre enfer est notre ciel.
Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir.
— René Char, Fureur et Mystère.
