Trois poèmes par Annouchka, de l’École Freinet

Kathy Grieb Kennedy
Kathy Grieb Kennedy

Ma sixième et dernière sélection du livre Poèmes d’enfants publié par l’École Freinet (Casterman, 1975) présente trois poèmes écrits par une fille au cours d’une année, exprimant une sensibilité à fleur de peau.

Ton corps je l’ai vu traîner
Le long des rues.

Tes pieds je les ai vus souffrir
Le long de tes pas.

Tes mains je les ai vues tendues
Au coin de la rue.

Tes larmes je les ai vues couler
Dans ton angoisse.

Ton cœur je l’ai vu résister
À la souffrance.

Ta vie je l’ai vue se dérouler
Dans la peur,
Dans l’angoisse
Et dans la tristesse.

ANNOUCHKA,
9 ans.

TU M’ES RESTÉ INCONNU

J’ai vu une de tes statues
Mais jamais toi.

On m’a raconté une histoire
mais jamais, toi, tu ne m’as parlé.

On a enregistré ta voix
Mais je ne t’ai jamais vu créer.

On m’a montré ton atelier
Mais je ne t’ai jamais vu créer.

J’ai entendu le monde
Hurler ta vie
Mais je n’ai jamais saisi
TA RÉALITÉ.

ANNOUCHKA,
9 ans 10 mois.

APPEL

J’ai laissé tomber mon échelle du ciel
et je suis descendue vers vous.

J’ai levé l’ancre de mon bateau
et je suis venue vers vous.

J’ai coupé les herbes
qui me barraient le chemin,
et je suis venue vers vous.

J’ai poussé les pierres
qui m’invitaient à retourner
et je suis venue vers vous.

Alors j’ai couru, j’ai buté,
je suis tombée,
je me suis relevée,
j’ai couru en criant mon arrivée,
j’ai chanté pour vous.

MAIS VOUS N’AVEZ RIEN ENTENDU !

Essoufflée…
je me suis laissée rouler sur le sable,
et j’ai couru.

Les vagues m’ont accompagnée…
Et sur mes joues,
les fleurs ont versé leur rosée ;

Sur mon chemin je les ai vues s’écarter.

Et j’ai senti sous votre regard…
MA VIE qui commençait.

ANNOUCHKA,
10 ans.

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