À Mlle Jeanne Vanier, par Paul Verlaine

Auguste de Niederhausern - Portrait en buste de Paul Verlaine
Auguste de Niederhausern, dit Rodo de Niederhausern – Portrait en buste de Paul Verlaine (1911), Jardin du Luxembourg, Paris – Wikimedia Commons

L’éditeur et libraire Léon Vanier, né à Paris le 28 décembre 1847, et mort dans la même ville le 11 septembre 1896, reste célèbre pour avoir publié les poètes symbolistes, les écrivains « Modernes » et « Décadents » de son temps. Fin 1882 il rencontra Paul Verlaine, et il édita les œuvres du poète à partir de 1884. La relation entre les deux hommes connut des frictions, mais resta fidèle.

Vanier avait épousé le 3 juillet 1879 Marguerite-Sidonie-Louise Favrot, et le couple eut trois enfants, la troisième étant Jeanne, née le 15 novembre 1890. Dans la deuxième édition de sa collection Dédicaces publiée en 1894, Verlaine inclut un poème dédié à celle-ci, daté d’avril 1894, quand Jeanne avait trois ans et demi.

Alors que le poète et son éditeur se disputent, l’apparition soudaine de Jeanne suffit à les réconcilier.

À Mlle Jeanne Vanier
par Paul Verlaine

Parfois dans un local plein de livres, deux hommes
Se gourment presque, bien que bons garçons au fond ;
C’est votre père et moi dont les paroles vont
De l’offre à la demande en quels écarts de sommes !

Je n’ai pas l’air commode. Il est mal disposé.
Choc terrible ! Soudain, au fort de la querelle,
Petite et fine à la croire surnaturelle,
Une enfant apparaît, grands yeux noirs, teint rosé.

Elle s’enquête, elle tremble, comme inquiète
— Sérieusement trop ? Non, — du bruit de tempête
Que vont menant ce monsieur chauve et son papa

Souriants sur-le-champ, — et voici la paix faite
Entre, en un mutuel et franc meâ culpâ,
Votre père, éditeur, et moi, votre poète.

Paris, 21 avril 1894.

Le trio du poème connut une fin tragique. Verlaine s’éteignit le 8 janvier 1896. Ensuite, le 11 septembre de la même année, Léon Vanier mourut des suites d’une pleurésie contractée à la sortie du banquet du Congrès des libraires de France. Enfin, le 19 octobre, Jeanne Vanier décéda chez son grand-père maternel, peu avant son sixième anniversaire.

La veuve Vanier géra son fonds encore quelques années, puis le céda en 1903 à l’éditeur Albert Messein.

Références :

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