Claire, par Jean Aicard

Photographie post mortem
Photographie post mortem – provient de VK

Il y a une semaine, j’ai publié le poèmes « La Reine de Mai » provenant du recueil Le Livre d’Heures de l’Amour (1887), à propos d’une reine de mai appelée Claire, qu’il aimait et qui mourut dans son enfance.

Treize ans plus tôt, en 1874, Aicard avait publié chez Alphonse Lemerre le recueil Poèmes de Provence, qui obtint le Prix Montyon de l’Académie française et fit de lui le poète de cette région. On y trouve un poème assez semblable, consacré à son amour d’enfance, morte trop tôt.

CLAIRE

Vous aviez des cheveux légers de soie et d’or.
Nos yeux en même temps s’éveillaient sur les choses.
Comme le fin parfum dans le bouton des roses,
L’amour vague emplissait nos cœurs fermés encor.

Vous seriez à présent, Claire, une jeune femme,
Vous qu’enfant j’embrassais avec de doux frissons ;
Car on aime à cet âge, et tous nous connaissons
De ces espoirs d’amour pour une aurore d’âme.

Pourquoi nous avez-vous quittés un beau matin ?
Aviez-vous deviné les tourments de la vie ?
La route vous fit peur et seul je l’ai suivie,
Non pas sans envier parfois votre destin.

Vous êtes morte au mois qui fait dans les charmilles
Un gai frémissement de nids et de chansons,
Et qui met tant de fleurs parmi tous les buissons
Qu’il en est adoré par les petites filles.

A leur jeu de la Maye, au mois de mai joyeux,
Vous étiez toujours Reine, étant la plus jolie :
Tout en blanc sous les fleurs et comme ensevelie,
Vous trôniez immobile en souriant des yeux.

Vous êtes morte alors, quand reverdit la branche.
Je ne comprenais pas la mort ni le cercueil ;
Et puis c’était en blanc qu’on menait votre deuil ;
Vous-même vous aviez toujours la robe blanche.

Et comme vous étiez sur un lit parfumé,
Rose parmi les lis et pâle entre les roses,
Sans bouger, souriante avec des lèvres closes,
Je pensais : « Elle joue à la Reine de Mai ».

Source du poème : Jean Aicard, Poèmes de Provence ; Les Cigales, Paris : Ernest Flammarion (1909), numérisé sur Internet Archive ; cette numérisation est incomplète, il manque les pages 185 à 188. Le poème est page 112. Autre source : Jean Aicard, Poèmes de Provence ; Les Cigales, 3e édition augmentée, suivie de Pierre Puget, Paris : G. Charpentier (1878), numérisé sur Gallica (disponible en PDF). Le poème est page 104.

Une version hypertexte du poème a été publiée sur le site Poésie française.

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