Nous sommes sept, par Jean Aicard

Agnes Gardner King - Illustration for Wordsworth's We are Seven
Agnes Gardner King – Illustration pour We are Seven de Wordsworth – provient de iamachild.wordpress.com

Le poème « Nous sommes sept » par Jean Aicard fait partie du recueil La Chanson de l’Enfant. C’est une adaptation française du poème « We are Seven » de William Wordsworth.

Une petite fille y parle de sa famille, en particulier de son frère et de sa sœur tous deux morts et enterrés près de sa chaumière, mais qui font toujours partie de sa famille, au même titre que les vivants.

NOUS SOMMES SEPT

D’APRÈS WORDSWORTH

Un enfant qui naît à la vie,
Et, quoique tendre, déjà fort,
Les membres sains, l’âme ravie,
Que peut-il savoir de la mort ?

Une pauvre enfant de chaumière
Hier vint à moi ; l’air vagabond ;
Ses blonds cheveux pleins de lumière
Tombaient en grappes sur son front.

On eût dit une fleur sauvage ;
Ses habits étaient en lambeaux ;
Huit ans : elle me dit son âge ;
Et ses yeux étaient beaux, très beaux.

Tout content de la voir si belle :
« Frères et sœurs, dis-moi cela,
Combien êtes-vous? » — « Sept, » dit-elle,
Et son œil étonné brilla.

« Où sont-ils? » — « C’est sept que nous sommes ;
Deux sont à Cornway, n’est-ce pas ?
Les deux autres, qui sont des hommes,
Sont partis pour la mer, là-bas.

« Deux sont couchés au cimetière,
Mon frère et ma sœur, tous les deux ;
Moi, monsieur, je suis la dernière ;
Ma mère et moi vivons près d’eux. »

— « Deux sont à Cornway, ma chérie
Deux en mer ; vous dites pourtant :
« Nous sommes sept ! » Mais, je vous prie,
Expliquez-vous, en bien comptant.

« Deux sont couchés au cimetière :
Vous n’êtes donc pas sept ! » — « Mais si !
Voyez, près de notre chaumière :
On peut voir leur tombe d’ici.

« Regardez comme l’herbe est haute
Sur la tombe verte au soleil !
On les a couchés côte à côte,
Pour qu’ils aient chaud dans leur sommeil.

« Souvent, près d’eux, assise à terre,
Je chante en tricotant mes bas,
Comme pour eux chantait ma mère,
Afin qu’ils ne s’éveillent pas.

« Parfois, quand la soirée est belle,
Près d’eux, pour manger mon dîner,
J’apporte ma petite écuelle,
Mais je ne peux rien leur donner… »

A ce mot, je voulus lui dire
D’où vient la mort et ce que c’est ;
Mais elle, avec son frais sourire :
« Oh ! non, monsieur, nous sommes sept ! »

Source : Jean Aicard, La Chanson de l’Enfant, 7ème édition, 1885, G. Fischbacher, Paris, numérisée sur Internet Archive. La 8ème édition est numérisée sur Gallica.

Précédemment publié sur Agapeta, 2015/08/02.

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