Les matins d’or et les nuits bleues d’Émile Blémont

William Stott of Oldham - Girl in a Meadow
William Stott of Oldham – Girl in a Meadow (1880) – Tate N05031

Émile Blémont, de son vrai nom Léon-Émile Petitdidier, est un écrivain français, né à Paris le 17 juillet 1839 et mort dans cette même ville le 1er février 1927. Très prolifique, il a laissé de nombreux recueils de poèmes, plusieurs pièces de théâtre, des traductions françaises d’œuvres en anglais, etc. Très actif dans son milieu professionnel, il fonda et anima plusieurs revues littéraires ; il fut également l’un des fondateurs de la Société des poètes français et de la Maison de poésie. Il fut lié à Victor Hugo, aux poètes du Parnasse et aux poètes symbolistes, en particulier Paul Verlaine. Arthur Rimbaud lui offrit le manuscrit de son sonnet Voyelles, qui se trouve aujourd’hui au Musée Rimbaud.

Sa carrière d’écrivain ne lui vint qu’après des détours. L’article « Poètes oubliés – Emile Blémont » du blog Histoire cent histoires écriten effet :

Des études couronnées de succès au lycée parisien Louis-le-Grand. Destiné à une carrière industrielle et commerciale, il étudie en Angleterre et en Espagne. Malgré ses connaissances, Émile renonce au monde des affaires. Clerc chez un avoué, il fait son droit et devient avocat. Bon avocat, une laryngite le contraint à quitter la toge. Comme il caresse la muse depuis longtemps, Émile entre alors dans l’univers littéraire.

Malgré une œuvre poétique abondante, Blémont reste largement méconnnu. Dans sa nécrologie du poète publiée dans L’Ami du lettré (Année littéraire et artistique pour 1928), Ernest Prévost en suggère une raison :

Mais la fortune ne favorise pas toujours les écrivains. Émile Blémont a trop produit. Son œuvre comprend des volumes et des volumes qui se ressemblent à peu près tous et n’atteignent presque jamais aux sommets de l’inspiration et de l’art.

Dans cet article et d’autres à venir, je présenterai plusieurs poèmes de son recueil Les pommiers en fleur : idylles de France et de Normandie, publié en 1891. Les deux premières parties, Les matins d’or et les nuits bleues et Chansons des champs, sont principalement dédiées à la vie champêtre, aux fleurs, aux jeunes filles et à l’amour. La troisième partie, La plage et la falaise, est surtout consacré à la Normandie, ses plages, ses villes, ses marins, son histoire et ses légendes.

Pour ce premier article, j’ai choisi deux poèmes floraux et amoureux de la première partie, Les matins d’or et les nuits bleues. La fraîcheur et la beauté des jeunes filles évoque celle des fleurs :

XI
LA STELLAIRE

Jeunes filles, ceignez votre front de stellaire !
La stellaire est charmante et chaste comme vous ;
Ceignez-en votre front, enfants qui voulez plaire
Aux jeunes hommes forts et doux !

Quand Mai revient aux champs, on voit sous les futaies
La stellaire fleurir, blancs et légers rayons ;
Et le soleil la laisse éclore au pied des haies
En fines constellations.

Que vous portiez habits de velours ou de toile,
La stellaire vous sied, fillettes sans détour :
Sa feuille est une épee et sa fleur une étoile,
Signes de vaillance et d’amour !

Mais à 52 ans, Blémont avait encore la nostalgie de ses amours de jeunesse :

XLIV
NEIGE D’ANTAN

À défaut de fleur d’oranger,
Amants, cueillez la clématite !
Elle est plus tendre, plus petite,
Avec un parfum plus léger.

Un brin de clématite ornait sa robe ouverte,
Lorsqu’un soir, au jardin, pour la première fois,
J’entendis la musique exquise de sa voix,
Et la vis s’avancer, rose, dans l’herbe verte.

Timide comme l’aube et blanc comme du lait,
Et riant au regard comme un heureux présage,
Au souffle harmonieux qui gonflait son corsage,
Un brin de clématite entre ses seins tremblait.

Mon bonheur s’est fané, tel que ce bouquet frêle ;
Que de jours douloureux ont suivi ce beau jour !
Mais quand la clématite est en fleur, notre amour
Flotte encor dans l’air pur où bat mon cœur fidèle.

À défaut de fleur d’oranger,
Amants, cueillez la clématite !
Elle est plus tendre, plus petite,
Avec un parfum plus léger.

Source des poèmes : Émile Blémont, Les pommiers en fleur : idylles de France et de Normandie, Charpentier, Paris (1891), sur Gallica (disponible en PDF).

Merci à François Lemonnier pour avoir attiré mon attention sur cet ouvrage.

Ceci est une version révisée d’un article précédemment publié sur Agapeta, 2016/01/10.

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