Les sons de l’amour chez Émile Blémont

Doug Fitzgerald - Spring
Doug Fitzgerald – Spring (1981) – provient de fitzgeraldspub.blogspot.com

Le poème qui suit est ma dernière sélection du recueil Les pommiers en fleur : idylles de France et de Normandie d’Émile Blémont. Il n’a pas de titre, il apparaît seulement avec son numéro VIII dans Chansons des champs, la deuxième partie.

En évoquant les qualités de sa maîtresse, Blémont lie l’amour et la beauté avec les sons, il unit les sens, l’ouïe avec la vue et le toucher. Tout d’abord son nom, « si doux à prononcer », est « comme une caresse », « comme un baiser ». Puis le tintement de sa voix, « comme une source vive ». Ensuite ses yeux bleus, qu’il regarde et qui le regardent, lui « disent tout bas » des choses secrètes. Enfin son cœur, symbole de l’amour, bat comme un « petit tambour ».

VIII

J’aime le nom de ma maîtresse :
Il est si doux à prononcer !
Il m’émeut comme une caresse,
Il m’enivre comme un baiser.

J’aime la voix de ma maîtresse :
O sa pure, sa fraîche voix,
Sa voix qui tinte, enchanteresse,
Comme une source vive au bois !

J’aime les yeux de ma maîtresse :
O ce qu’ils me disent tout bas !
Ils sont bleus et pleins de tendresse,
Comme les ne-m’oubliez-pas.

J’aime le cœur de ma maîtresse :
O le vaillant petit tambour
Qui bat, avec tant d’allégresse,
Qui bat la charge de l’amour !

La synesthésie, à peine suggérée ici, fut ouvertement affirmée dans le poème « Correspondances » de Charles Baudelaire. Elle sera pleinement développée chez Minou Drouet, comme je l’ai expliqué dans mon article « L’univers musical et sensoriel de Minou Drouet ».

Source du poème : Émile Blémont, Les pommiers en fleur : idylles de France et de Normandie, Charpentier, Paris (1891), sur Gallica (disponible en PDF).

Précédemment publié sur Agapeta, 2016/05/04.

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