Une allée au Luxembourg, par Gérard de Nerval

Yuri Krotov – Fille au parapluie rouge (2003) – provient de artyurikrotov.com

L’écrivain et poète Gérard de Nerval, de son vrai nom Gérard Labrunie, est une figure majeure du romantisme français. Né le 22 mai 1808 à Paris, il perdit à deux ans et demi sa mère, qu’il n’avait pratiquement jamais vue, et cet évènement semble avoir durablement marqué son psychisme.

Les amours malheureuses, les échecs et occasions manquées avec des femmes figurent fréquemment dans son œuvre. En 1834, il rencontra l’actrice et chanteuse lyrique Jenny Colon, dont il tomba amoureux ; mais il désespéra suite au mariage de celle-ci en 1838, puis à sa mort en 1842. Elle est restée pour lui une image idéale, le hantant pour le restant de ses jours.

En 1841 il subit une première crise de folie. De nouvelles crises surviendront à partir de 1851, et les dernières années de sa vie alterneront épisodes de délire et périodes d’équilibre. Pendant ces intervalles de lucidité, il rédigea ses chefs-d’œuvre, le recueil de nouvelles Les Filles du feu (1854) et le récit de sa folie, Aurélia ou le Rêve et la Vie (1855).

Le 26 janvier 1855, Nerval fut trouvé pendu aux barreaux d’une grille fermant un égout de la rue de la Vieille-Lanterne à Paris. L’hypothèse généralement retenue est le suicide, mais certains émirent l’hypothèse d’un assassinat.

Le poème qui suit fut écrit en 1832, et parut dans le recueil Odelettes en 1853. Le poète évoque le charme qu’il éprouve à la vue d’une jeune fille ; bien qu’âgé de 24 ans, il dit devoir renoncer à elle à cause de son grand âge. Se projette-t-il dans un futur lointain, où cette vision se nimbera de nostalgie ?

UNE ALLÉE AU LUXEMBOURG

Elle a passé, la jeune fille,
Vive et preste comme un oiseau :
A la main une fleur qui brille,
A la bouche un refrain nouveau.

C’est peut-être la seule au monde
Dont le cœur au mien répondrait ;
Qui venant dans ma nuit profonde
D’un seul regard l’éclairerait !…

Mais non, — ma jeunesse est finie…
Adieu, doux rayon qui m’a lui, —
Parfum, jeune fille, harmonie…
Le bonheur passait — il a fui !

Source du poème : Gérard de Nerval, Choix de poésies, texte établi par Alphonse Séché, Paris : Louis-Michaud (1907), numérisé sur Internet Archive. Le poème est page 28, dans la section « Poésies Diverses ». Une transcription hypertexte du poème a été donnée sur Wikisource.

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