Nous n’irons plus au bois, par Jean-Baptiste Clément

Trent Gudmundsen – A Spring Morning

Le chansonnier Jean-Baptiste Clément, né à Boulogne-sur-Seine (Boulogne-Billancourt) le 31 mai 1836 et mort à Paris le 23 février 1903, est connu pour ses chansons « Le Temps des cerises » et « La Semaine sanglante ». Militant ouvrier, il participa à la Commune de Paris, et beaucoup de ses chansons denoncent la misère des prolétaires ainsi que l’avidité et la cruauté des classes possédantes. D’autres, plus joyeuses, exaltent l’amour, la nature et les plaisirs de la vie. La musique de nombre de ses chansons a été composée par Darcier.

Mon premier choix dans son recueil Chansons, une idylle bucolique, évoque son amour d’enfance. Celui-ci appartient au passé, car le cœur du poète est devenu trop fiévreux et la belle est trop chaste.

NOUS N’IRONS PLUS AU BOIS

A Rosine Compoint.

Cousine, voici le printemps
Qui fredonne sur chaque branche,
Et l’aubépine en robe blanche
Cause amourette aux lilas blancs.
Je viens de voir une hirondelle
Portant de la mousse à son nid…
Et cependant c’est bien fini…
Nous n’irons plus au bois, ô ma cousine Angèle !

Jadis, levés de grand matin,
Quand le printemps naissait à peine,
Nous comptions les fleurs dans la plaine,
Et les nids dans le bois voisin.
Ce temps heureux, ça me rappelle
Votre chanson que j’aimais tant…
J’en ai la fièvre… et cependant,
Nous n’irons plus au bois, ô ma cousine Angèle !

Nous étions enfants tous les deux.
De même taille et du même âge ;
Les bonnes femmes du village
Nous appelaient les amoureux.
On disait que vous étiez belle,
Et que j’étais déjà galant…
J’en rêve encor… et cependant…
Nous n’irons plus au bois, ô ma cousine Angèle !

Pourquoi cela ? me direz-vous,
J’irais encor sans défiance
Revoir les bois de notre enfance
Et m’endormir sur vos genoux…
C’est que vous êtes chaste et belle,
Trop chaste, hélas ! En attendant
Je vous adore… et cependant…
Nous n’irons plus au bois, ô ma cousine Angèle !

C’est qu’aujourd’hui je suis rêveur,
C’est vous qui m’avez fait poète ;
J’ai trop de souvenirs en tête,
Et trop de fièvre au fond du cœur.
C’est que je vous trouve si belle…
J’ai tant rêvé des jours passés…
C’est que… les lauriers sont coupés !
Nous n’irons plus au bois, ô ma cousine Angèle !

Saint-Ouen, 1865.

Musique de Darcier.

Source du poème : Chansons de J.-B. Clément, Paris : Imprimerie Georges Robert et Cie (1885), numérisé sur Internet Archive. Le poème est page 226.

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