Elvire et Azor, par Ponce-Denis Écouchard-Lebrun

Gaston Bussière - Deux enfants aux couronnes de fleurs
Gaston Bussière – Deux enfants aux couronnes de fleurs

Ponce-Denis Écouchard-Lebrun, dit Lebrun Pindare (1729–1807) fut l’un des rares poètes lyriques de son époque ; on l’affubla du surnom de « Pindare français ». Fils d’un valet de chambre du prince de Conti, il fut inscrit par ce dernier au Collège Mazarin. Il fit de brillantes études et montra des dispositions précoces pour la poésie, composant ses premiers vers à 12 ans. Sa versatilité politique lui permit de briller sous tous les régimes que connut la France de son vivant, et il gagna sa vie en flattant tour à tour les puissants du jour.

Ses œuvres complètes furent publiées en 1811. J’y ai sélectionné dans le Tome 3, dans la section Poésies diverses, la romance “Elvire et Azor” consacrée à l’amour de deux enfants, nés et morts en même temps.

ROMANCE.

ELVIRE ET AZOR.

AZOR adorait Elvire ;
Elvire adorait Azor.
Un Cœur était leur empire ;
Amour était leur trésor.

VÉNUS, qui leur donna l’être,
Voulut qu’au même séjour
Un beau Printemps les vît naître
Tous les deux le même jour.

DANS les jeux de leur enfance,
Leurs feux s’étaient révélés,
Doux charmes de l’innocence,
Que nul remords n’a troublés.

QUI pourrait dans la nuit sombre
Compter les célestes feux,
Aurait pu compter le nombre
De leurs baisers amoureux.

LEURS jours purs coulaient ensemble,
Comme l’on voit deux Ruisseaux
Qu’un même penchant rassemble,
Mêler, confondre leurs eaux.

ELVIRE, Azor n’ont qu’une Âme,
Et cette âme qu’un desir :
Hymen épura leur flâme,
Sans faner fleur du plaisir.

DIEUX !… et la Parque jalouse
Frappe Azor, Azor, hélas !
Au sein de sa jeune Épouse,
Qui meurt du même trépas.

TOUS deux, pleins de leur martyre,
Disaient, s’embrassant encor :
« Prends mon âme, chère Elvire !
» Prends mon âme, cher Azor ! »

DE leurs bouches expirantes
Les deux soupirs n’en font qu’un.
Ainsi deux Roses mourantes
Mêlent encor leur parfum.

Source du poème : Œuvres de Ponce Denis (Écouchard) Lebrun, membre de l’Institut de France et de la Légion d’Honneur. Mises en ordre et publiées par P.L. Ginguené, membre de l’institut, et précédées d’une notice sur sa vie et ses ouvrages, rédigée par l’éditeur. Tome Troisième. De l’imprimerie de Crapelet. A Paris, Chez Gabriel Warée, Libraire (1811). Ouvrage numérisé sur Google Books. Le poème est page 406. Autres liens : ouvrage et poème.

Merci à François Lemonnier pour avoir attiré mon attention sur ce poème et cet auteur.

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